Pulsations et syncopes

Progresser techniquement, c’est sans cesse améliorer notre contrôle sur la nature.
René Descartes, extrait de Discours de la méthode

La Révolution industrielle a considérablement transformé le mode de vie des humains des pays occidentaux, la machine étant mise à leur service. D’abord considérée comme un outil, la machine s’est peu à peu rendue indispensable aux yeux des êtres humains qui réalisent entre autres combien elle a allégé le poids de leurs tâches quotidiennes. Ainsi, dans un souci d’efficacité et de rapidité, l’homme a adapté ses gestes à la cadence régulière de la machine. Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs artistes ont exprimé par leur art la relation complexe qu’entretient l’homme avec la machine. Par l’appréciation d’œuvres de Martha Graham, de Charlie Chaplin et de René Clair, l’élève est amené à exercer son jugement critique par rapport à l’avènement industriel pour être invité par la suite à créer une « chorégraphie-engrenage ». En utilisant la machine et ses engrenages comme métaphores, il ou elle se questionne sur son rôle dans la société et sur son rapport au monde du travail.

Les élèves visionnent les films Les temps modernes, de Charlie Chaplin, et À nous la liberté, de René Clair. Inspiré par les images de travail à la chaîne vues dans ces films, chaque élève crée une phrase gestuelle répétitive, originale et au tempo régulier qui se greffe habilement à chacune des phrases des autres élèves. Une réelle métamorphose s’opère alors, transformant le geste individuel sans logique apparente, en une partie du rouage et de l’engrenage. Dès lors, dans cet agencement chorégraphique où notamment l’exploitation des niveaux, des rythmes, des percussions corporelles, des directions, des énergies soudaines, contrôlées, fortes et directes prédomine, tous les élèves contribuent à apporter une efficacité et une logique au système machinal créé.

Ensuite, l’élève récupère son geste mécanique pour l’authentifier dans la création d’un solo inspiré du travail chorégraphique de Martha Graham. Cette grande chorégraphe explore dans son œuvre le va-et-vient naturel du souffle dans des jeux de spirales et de contractions dans lesquels le bassin est l’épicentre. Cette nouvelle phrase qui respire, qui erre, qui se désorganise dans le temps, qui se syncope et, surtout, qui se poétise, lui permettra de faire un pas de plus dans la quête de sa signature gestuelle.

Cette production artistique aura permis aux élèves de réaliser le sens qu’un geste peut prendre lorsqu’il s’inscrit dans un système en plus de cheminer dans la construction de leur identité par la création du solo. En univers social, l’élève peut s’interroger sur l’importance historique de la Révolution industrielle dans nos sociétés, sur l’apport de la technologie au quotidien, sur la place du travail dans nos vies et sur la valeur qui lui est accordée. En arts plastiques ou en mathématique, l’élève peut observer l’Homme de Vitruve, de Léonard de Vinci, dont l’étude des proportions peut l’amener plus loin dans sa composition du mouvement associé à la machine.

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